01-08-2013 - Wellington, Nouvelle-ZelandeActivite sismique; de la theorie a la pratique

Remarque du jour

DROP COVER HOLD : En cas de tremblement de terre, se mettre a 4 pattes, se glisser sous une table et se tenir a un pied (de table). http://www.getthru.govt.nz/web/GetThru.nsf/web/BOWN-7GY5TP

Geonet; le site qui regroupe l'ensemble des infos relatives aux mouvements sismiques en Nouvelle-Zelande. Excellent site, avec un feed twitter a jour dans la minute qui suit un evenement. Pour chaque quake, il y a la possibilite de dire si tu l'a senti et de decrire la situation (degats, pannes, ...)___ http://geonet.co.nz/

Vendredi 19 juillet, alors que Julie et moi tentions de nous réchauffer en sautillant sur place, le premier tremblement de terre du weekend a fait trembler la ville. Nous ne l'avons découvert que lorsque des gens nous ont demandé "Vous avez senti le tremblement de terre?"

On avait l'air con, toutes les deux au milieu du centre-ville avec nos seau de collecte pour Women's Refuge. Ben non on a dit, on a rien senti.
Comme en centre-ville de Wellington il y a le wifi gratuit, j'ai ouvert le laptop et pof, geonet confirmait. Un tremblement de magnitude 5.9. Les appels de nos collègues de travail a Porirua ont confirmé que oui, on était bien les deux seules greluches a pas l'avoir senti.

La journée a continuée tranquillement, j'ai récolté au moins 300 dollars à moi toute seule pour Women's Refuge, mes jambes menaçaient de mourir après avoir passé 8h debout en talons, et ma voix ... bon mais ça valait le coup.

Samedi ... samedi était un de ces jours qui commencent mal et qui continue pire. J'ai toujours mes dents de sagesse donc une fois tous les 6 mois, je fais une belle poussée. Samedi donc. Au lieu d'aller a la pendaison de crémaillère d'une copine j'ai fini a manger du chocolat et de la glace tout en me droguant a l'ibuprofène au fond de mon lit. Je savais que la coloc avait des amis qui venaient, j'étais ok avec ça. Je pensais que d'un, elle préviendrait les copains que il y avait une droguée convalescente a cote et que deux ça se finirait au plus tard vers 2h du matin. A 4h50, énième réveil en sursaut parce que ils squattent toujours le salon (un mur fin entre ma piaule et le salon) et il y a des rires qui portent bien. Ils ont finis par partir vers 6h. Je m'endors enfin correctement ... jusqu'a 7h20.

Allongée sur mon lit, j'ai regardé avec curiosité mes murs bouger tandis que mon matelas ondulait sur son sommier. Sentiment bizarre de ne rien maitriser et gros freeze du cerveau qui a une vague idée de ce que je suis sensée faire mais qui ne sait pas si je devrais.
Détour sur internet, ou je découvre que c'était un de magnitude 5.5 et que il y en avait eu un de magnitude 4.5 a 4h50. Apparemment, le gros rire n’était pas la seule chose à m'avoir réveillée en sursaut.

Pour ce qui est de l'attitude des Wellingtionnien après un réveil via tremblement de terre ... décontractée l'attitude. Ca râlait surtout de ne pas avoir pu faire de grasse matinée. Parce que 7h20 un dimanche matin, faut pas abuser non plus.

Quant à moi, j'avais des palpitations et il m'a fallu un moment pour réussir à me rendormir.

La journée se passe tranquillement, avec un œil sur geonet mais sans plus, et des aftershocks qui font trembler les mollets.

Je suis allée me calmer les nerfs au ciné, devant Pacific Rim (ironie ironie, des aliens qui sortent d'une faille dans le Pacific Rim, alors qu'on est dessus et que ça tremble depuis 2 jours). Et puis direction la copine, pour le gouter.

J'aimerais dire qu'a 17h en ce dimanche, alors que la ville subissait un tremblement de magnitude 6.9 je faisais quelque chose de hautement classe. J'aimerai. A 17h, j'étais au petit coin et puis d'abord, tout le monde le dis, c'est l'endroit le plus safe en cas de tremblement parce que l'espace autour est limite. Donc voilà. D'abord.
Enfin, aux toilettes ou pas, quand même, ça fiche les jetons.

Tout tremble, le miroir de la salle de bain se balance sur son clou, les jouets sur le bord de la baignoire valdinguent, et l’enfant de 3 ans qui venait tout juste de s’endormir après un long refus de sieste se réveille en panique complète, ajoutant sa terreur à l’esprit de panique ambiant.

Et c'est dans ces moments-là ou tu réalises que si tu sais comment protéger une crise chimique ou une alerte incendie, pour ce qui est d'un tremblement de terre ... Je savais la théorie, le coup de se glisser sous une porte ou le fameux Drop, Cover and Hold On!, mais quand ça arrive, le manque intense de pratique se fait sentir et on reste un peu bête, en se demandant ce qu'il faut faire exactement.
Habiter dans une zone non sismique c'est bien, mais ça prépare pas a la Nouvelle Zélande, en fait ;)

Sur le chemin retour, passage devant le dairy de la rue, ou l’ensemble des produits sur les étagères ont fait le saut de la mort et on rencontre le plancher. Et au supermarché, une seule conversation et des courses identiques pour tout le monde, moi incluse ; de l’eau et de l’alcool. L’eau c’est au cas où il y a une coupure, l’alcool c’est pour calmer les nerfs.

Mauvaise nuit, pour tout le monde, avec petits tremblements ponctuant la soirée et la nuit. Sur Facebook, un groupe qui s’est monté dans l’urgence se transforme en hub unique d’information. Les infos tombent au fur à mesure et se concentrent rapidement autour d’une info unique ; le CBD, le centre business, est ferme lundi pour un assessement des dégâts et des risques. Pas de trains jusqu’à nouvel ordre. Et sauf indication contraire ; restez chez vous lundi.

A minuit je recevais un message de mon agence de recrutement ; le building de mon nouveau taf est ferme lundi matin. Donc décalage du réveil matin, tout en espérant que rien n’allait arriver pendant la nuit.

Sauf que, vers 3h, on a eu le droit a un nouveau quake d’intensité 5.5 et que dans l’heure et demie qui a suivi, on en a eu deux autres. Autant dire qu’encore une fois, une nuit bien pourrie.

Et on ne s’y habitue pas. Il y a même un état d’hyper vigilance qui se crée et qui fait qu’on sent tous les aftershocks. Tous. Même ceux qui n’existent probablement pas.

Cet état d’hyper vigilance, je l’ai traine tout lundi. Apres un réveil final vers 10h, la copine est passée petit déjeuner et on est sorties, incapable de rester à l’intérieur. Et puis vers midi, annonce de la fermeture du building jusqu’au lendemain. Et comme j’avais des choses a faire et que les magasins étaient ouverts dans Newtown, j’ai pris mes affaires et suit partie en vadrouille, plutôt que de rester à l’intérieur a sentir les murs se refermer sur moi. En discutant dans la queue de la poste, c’est ce qui pousse les gens à sortir, l’impression que les murs vont s’effondrer à tout instant. Apres la poste et le dépôt d’encore 5 kilos de fringues au dépôt vente, une décision devait être prise ; rentrer et probablement me coltiner la cops de la coloc qui ignore mon existence quand on est dans la même pièce ou marcher. Et mes mollets sont clairs ; ils veulent marcher, pour oublier cette sensation constante de tremblement.

Au final, je ne sais plus si j’ai des impatiences dans les jambes car il y a un aftershock, ou si c’est juste comme après un retour d’un voyage en mer, la sensation fantôme qu’on est encore sur l’eau. Au vu des infos sur geonet et des tremblements à magnitudes 2 qui se sont déroulés de manière constante lundi, je dirais que c’est un mélange des deux.

J’ai donc marche et ai décidé d’aller voir le CBD (centre business) qui etait ferme. Marche jusqu’à Courtenay Place ou il y avait du monde, mais moitié moins qu’habituellement. Marche le long de Manners, puis Willis et puis en arrivant a Lambton... ville fantome. Au lieu des rues habituellement pleines de gens allant et venant; deux personnes, un velo. Et sur la route ... des bus. A c'est sur, ce lundi, le service des bus a du tourner avec que des bus a l'heure (ou en avance). Zero traffic. En marchant le lond du waterfront, lui aussi deserte, j'ai pris la mesure d'une ville qui attend.

Cela c'est ressenti dans la semaine qui vient de passer. On attend le gros, celui qui cassera vraiment tout, celui qui aura un tsunami en bonus. On attend.

Le lendemain matin, apres une nuit pourrie ou tuot le monde n'a dormi que d'un oeil, j'attaquais enfin mon nouveau boulot. Et pour le moment, je ne sais toujours pas si je serais payee pour lundi. Mon boulot dit qu’en théorie c'est paye comme un jour de congé paye. Mon agence d'intérim elle me dit que pas de travail, pas de paie. On verra ca demain sur le compte en banque.

Et la semaine qui vient de passer est étrange, avec les escaliers bondes même pour le 15eme étage (pas d'ascenseur pendant 5 jours pour réparation), avec des conversations qui se déclenchent a la caisse du magasin, avec le supermarché qui fait promo spéciale sur tout ce dont vous avez besoin pour un kit d'urgence. Et puis Wellington a réalisé quelque chose; on est prêt, mais en fait ... en fait pas vraiment. De façon générale les tremblements, on en a souvent, des petits aftershocks de rien du tout et on a appris a vivre avec.

Mais les plus gros ... en écoutant autour de moi, j'ai réalisé que quasi aucun plan d'urgence n'a été suivi, que dans les entreprises personne ne savait qui contacter pour se renseigner. Depuis une semaine, Wellington est sortie de sa torpeur et se prépare. On vit dans un espèce de monde de pré-apocalypse, ou le journal publie deux pages pleines sur les failles sismiques dans la région. Je ne vous en parle même pas, ça a de quoi donner des cauchemars.

Quand à moi, j'ai passé une semaine a très mal dormir, a avoir des chutes de tension, l'impression de tomber dans le vide et le sentiment qu'il y avait constamment des aftershocks. Je ne suis pas la seule, mais ca n'aide pas vraiment.

Avant-hier, dans le journal local, une demie page sur le fait que les françaises veulent des toyboys et que les hommes français ont peur de ces alpha-femelles. La vie reprend son cours.
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Petite update du 1/08 ; alors qu’on respirait tous un peu mieux, ce matin, deux secousses a 4.5 en moins d’une heure. Et c’est reparti …

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